Amicale Doris de l'AGASM - Les Sous-Mariniers des Hauts-de-France

2026 Dunkerque en juin - L’histoire du Jolly Roger qui a fait face à Jean Bart

Article publié le mercredi 1 juil. 2026

Un drapeau « pirate » faisant face à Jean Bart, voilà une scène insolite… Celle-ci s’est déroulée lors d’une cérémonie dédiée à la Préparation Militaire Marine Jean Bart. De nombreux porte-drapeaux étaient présents et l’un d’eux arborait un petit drapeau noir frappé d’une tête de mort au-dessus du drapeau tricolore. Étonnant. Mais cette singularité possède une explication qui nous fait… plonger dans l’histoire.


A l’origine, le Jolly Roger est le nom traditionnel donné au drapeau des pirates, généralement noir avec une tête de mort et des os croisés. Il était utilisé surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles par les pirates pour intimider leurs victimes avant une attaque. Le but du Jolly Roger était psychologique : faire peur aux équipages ennemis pour qu’ils se rendent sans combattre. Certains pirates filous levaient d’abord un faux pavillon, puis hissaient le Jolly Roger juste avant l’attaque. Cette histoire, tout le monde la connait. 
Humour et pied-de-nez « so british »
Mais pourquoi diable les sous-mariniers britanniques de la Royal Navy ont-ils un jour décidé d’arborer eux aussi le Jolly Roger, mais eux, à leur retour de mission ? L’origine remonte à l’amiral britannique Arthur Wilson. Avant la Première Guerre mondiale, il aurait déclaré que les sous-marins étaient des armes « déloyales » et que leurs équipages devraient être traités « comme des pirates » en temps de guerre. Les sous-mariniers britanniques reprirent alors cette critique avec humour et fierté.


En 1914, pendant la Première Guerre mondiale, le commandant Max Horton revint d’une mission réussie à bord du sous-marin HMS E9 après avoir coulé un croiseur allemand. En entrant au port, il fit hisser un Jolly Roger afin de répondre ironiquement aux propos de l’amiral Wilson. La tradition était née.
Mais saviez-vous que cette tradition concerne aussi les sous-mariniers français ? Historiquement, arborer le Jolly Roger est un privilège accordé aux sous-marins britanniques depuis la Première Guerre mondiale, tradition reconduite pendant la Seconde Guerre mondiale. Après chaque mission réussie, le « JR » était hissé par l’équipage et enrichi de symboles rappelant les succès remportés : une bande rouge pour un bâtiment de guerre coulé, une blanche pour un navire marchand, une dague ou un cimeterre pour les missions secrètes, etc.
 
Seuls trois sous-marins français des FNFL, ayant combattu aux côtés des Britanniques et sous leur contrôle opérationnel, eurent également l’honneur d’arborer le Jolly Roger : le Casablanca, le Rubis et le Curie. Mais alors, pourquoi la section Doris de Dunkerque le portait-elle ce jour-là ? Il semblerait que cela soit lié à l’ancien porte-drapeau gravelinois Charles Bernard, premier maître mécanicien à bord du « Casa » durant la Seconde Guerre mondiale. Entre décembre 1942 et février 1946, il participa à treize missions.


Les hommes du silence
Si, dans la Marine française, ce symbole est admis à bord, il demeure généralement réservé aux événements liés au monde sous-marin et apparaît rarement lors des cérémonies officielles. Il faut dire que les sous-mariniers — surnommés « les hommes du silence » — constituent une communauté à part au sein de la Marine nationale, portée par cette idée : « Les sous-mariniers vivent dans l’ombre pour protéger ceux qui vivent dans la lumière. 
Ainsi, habitué à être dans l’ombre, le Jolly Roger dunkerquois exceptionnellement mis dans la lumière ce jour-là aura permis de faire remonter à la surface cette tradition née d’un pied de nez « so british ». Une manière aussi de rappeler discrètement l’engagement des sous-mariniers de la section Doris, qui perpétuent l’esprit d’équipage et entretiennent la mémoire d’un monde aussi discret qu’essentiel.

Charles Bernard

Membre de l'Amicale Doris de l'AGASM

Premier Maître mécanicien

à bord du " Casabianca " durant la Seconde Guerre mondiale.

Entre décembre 1942 et février 1946.

Les commentaires

Ecrit par Patrick
le 2026-07-01 à 14:27:12

Merci beaucoup pour ses informations. C\'est toujours bon de rappeler les traductions afin qu\'elles ne se perdent pas