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Rubis - Une pierre précieuse sous la mer - L'odyssée d'un Sous-Marin
article posté le 06-12-2004 à 13:32:20, par Jean-Luc DELAETER

1940. - La première de cinq années qui vont ébranler l'Europe puis le monde. En fait, les évènements ont commencé l'année précédente. Le 1er septembre 1939, l'Allemagne, sans déclarer la guerre, déclenche une offensive contre la Pologne. Celle-ci ne tient que quelques jours et capitule sans conditions. En vertu des accords passés avec la Pologne, l'Angleterre et la France posent un ultimatum à l'agresseur le sommant de retirer ses troupes. L'Allemagne prétextant une agression, refuse; l'Angleterre se déclare aussitôt en guerre, le dimanche 3 septembre 1939 à 11 heures. La France suit le même jour à 17 heures. Commence alors une période stagnante que l'on appelle la "drôle de guerre", entrecoupée d'évènements ponctuels: guerre russo-finlandaise, opérations navales britanniques en Norvège. D'ailleurs les Alliés décident, le 28 mars, de miner les eaux norvégiennes et de s'assurer des bases en Norvège. Le 9 avril, les Allemands lancent l'opération "Weserüburig": occupation du Danemark, sans aucune résistance, et invasion de la Norvège. Le 15 avril, les Anglais débarquent à Narvick; les Allemands contre-attaquent. Le 10 mai, les troupes allemandes passent à l'offensive contre la Hollande, la Belgique et le Luxembourg. L'armée française se porte au secours de ces pays. Mais la France, à son tour, est envahie. Une fois de plus, la trouée de Sedan marque l'histoire. En un mois tout sera réglé. L'offensive éclair de la Wehrmacht et de la Luftwaffe bouscule, désarçonne les états-majors. Une partie des troupes combattantes parvient à battre en retraite vers les Flandres et c'est à Dunkerque que la plus grande partie du corps expéditionnaire britannique rembarque dans des conditions mouvementées grâce au concours d'une flotte hétéroclite et au sacrifice des divisions françaises restées sur place. Le 28 mai, les forces alliées s'emparent de Narvik. Mais le 3 juin, elles l'évacuent. Le 4 juin, Dunkerque tombe aux mains des Allemands. Le 10 juin, les forces norvégiennes déposent les armes. Les Allemands ont réussi leurs offensives vers le Nord et l'Ouest. Le 17 juin, le gouvernement français demande au vainqueur ses conditions d'armistice. Le 21, à Rethondes, dans le même wagon où fut signé l'armistice de 1918 mais les Allemands y étaient les vaincus, la délégation française se voit, face à Hitler, obligée de signer; tout semble maintenant perdu pour la France. Pourtant, quelques hommes décidés n'acceptent pas et à Londres, le 18 juin, un appel pathétique lancé par un général de brigade quasi inconnu donne un faible espoir à ceux, peu de monde en fait, qui l'entendent: - La France a perdu une bataille, mais la France n'a pas perdu la guerre.


Le sous-marin Rubis


A cette époque, le sous-marin Rubis, commandé par le lieutenant de vaisseau Cabanier, est à Dundee en Ecosse. Aux ordres de l'amirauté britannique depuis le 1er mai 1940, il a déjà effectué 3 missions de guerre sur les côtes norvégiennes durant lesquelles il a mouillé 96 mines. Quatre bâtiments ennemis sautent et coulent, un cinquième est endommagé. Le 12 juin, au retour de la troisième mission, le Rubis se voit désigné pour une autre mission. Il doit embarquer des mines et rallier Brest par le Nord de l'Ecosse, afin de subir quelques réparations. La date d'appareillage est fixée au 18 juin. Malgré les pourparlers d'armistice en cours, l'amirauté maintient la mission prévue (Les Anglais, à cette époque, ne possédaient aucun sous-marin mouilleur de mines de la classe Rubis. Son tonnage relativement faible lui permettait l'accès des fjords. En outre, il se montrait très manoeuvrant) tout en précisant que le bâtiment sera rappelé dès la signature de l'armistice afin de n'être pas considéré comme "corsaire". Le 20 juin, l'amiral Horton, commandant en chef des sous-marins britanniques, en accord avec l'amiral Blake, adjoint du chef d'Etat-major Général, fait appareiller le Rubis pour une mission de guerre.Le 21 juin, à 0 h 35, l'armistice étant signé, l'amiral aden'Hal envoie un message de rappel. Le Rubis ne reçoit rien et mouille ses 32 mines dans le Grip Holen (passes de Trondhjem) après avoir évité le destroyer ennemi à l'entrée du fjord. Le retour s'effectue sans incident malgré les passages d'avions allemands qui obligent le Rubis à plonger à plusieurs reprises. Déception aussi; un sous-marin ennemi en surface reconnu trop tard pour pouvoir l'attaquer à la torpille. Après ces quatre opérations, l'amirauté décerne plusieurs décorations au personnel dont la D.S.O. (Distinguished Service Order) au commandant.


Opération "Catapult"


Rentré à Dundes le 30 juin à 07 h, le sous-marin s'y trouve toujours le 3 juillet, jour que le Premier Ministre Winston Churchill a retenu pour lancer l'opération "Catapult", c'est-à-dire la saisie de tous les bâtiments français stationnés en Grande-Bretagne, l'agression des bâtiments au mouillage à Mers el-Kébir et le contrôle de l'escadre de l'amiral Godfroy mouillée à Alexandrie. A 15 h 40, les marins britanniques armés abordent discrètement les navires français stationnés à Portsmouth et Plymouth. Surpris d'une telle action de la part d'un allié, les Français sont neutralisés avant de pouvoir comprendre. Le succès se trouve toutefois terni par une bavure survenue sur le sous-marin Surcouf; deux officiers britanniques sont blessés et un officier français tué. Traités en prisonnier de guerre, les marins français sont parqués dans des conditions lamentables. Le résultat de cette opération sera néfaste pour les Forces Navales Françaises Libres; il n'y aura qu'un faible pourcentage de volontaires à vouloir combattre en Angleterre. Le reste désirant rallier les forces françaises en Afrique du Nord ou regagner la France pour y être démobilisé. En raison des services rendus, le Rubis est maintenu en dehors des problèmes du moment. En effet, le 3 juillet au matin, le Captain Roper, commandant la flottille de sous-marins de Dundee, convoque Cabanier et le met au courant de la situation; toutefois, il précise qu'exceptionnellement les officiers du Rubis restent libres mais que l'équipage doit être consigné à la base.

Ici,un vers le service historique de la marine et l'opération "Catapult"


Le 5 juillet, les permissions sont rétablies. Quelques jours plus tard, Cabanier, après avoir eu plusieurs conversations avec les membres de son équipage, décide de poursuivre la lutte. Le 15, il rencontre le général de Gaulle à Londres; le Rubis rallie officiellement les F.N.F.L. avec la presque totalité de son équipage. Puis il passe en petit carénage jusqu'au 5 septembre, date à laquelle il est à nouveau opérationnel. Les missions se succèdent, avec ou sans mouillages de mines. Le stock de mines françaises épuisé, il faut solliciter la société Vickers pour adapter des engins dans les puits du Rubis. Entre-temps, il est employé comme sous-marin classique n'utilisant que ses tubes lance-torpilles. Début 1941, le sous-marin retourne au bassin pour un grand carénage. Le 10 mai, le capitaine de corvette Cabanier passe le commandement à son second, le lieutenant de vaisseau Rousselot.


Dixième mission. Cette fois c'est tangent...


Le 14 août 1941, après les vérifications d'usage, et Dieu sait s'il y en a à bord des sous-marins, le Rubis appareille de Dundee, cap au Nord. Il fait un large crochet jusqu'à la hauteur des Shetland pour contourner un vaste champ de mines allemands destiné à la protection des côtes de Norvège conte d'éventuelles incursions britanniques. Le 21 à l'aube, il parvient devant l'entrée sud d'Egersund; il commence aussitôt le mouillage des mines. Dix sont prévues à cet endroit mais on ne réussit qu'à en larguer neuf, la dixième refuse obstinément de quitter son puit. Le sousmarin remet en route vers le chenal nord. Brusquement le commandant aperçoit à faible distance un pétrolier de 3 000 tonnes escorté par un chalutier armé. Il apprécie rapidement la route et la vitesse: Ils naviguent au 140 à environ 7 nœuds. Rousselot ordonne: - Tube arrière attention... Paré? ... Feu! Mais rien ne se passe, la torpille, elle aussi, refuse de quitter le tube. Rousselot ne perd pas de temps, il amorce une manœuvre de 1800 pour attaquer par l'avant. Trop tard! Le but se présente mal, il renonce à l'objectif. Le sous-marin revient à la route initiale pour exécuter son second mouillage devant l'entrée nord d'Egersund. Deux navires marchands apparaissent, escortés par deux chalutiers armés. Rousselot, au périscope, fournit les données: - Objectif dans le 140 à 8 nautiques, vitesse 8 nœuds. A 14 h 25, l'escorteur de bâbord pousse son allure à 16 nœuds et va se placer à tribord du cargo de tête. Le pacha observe la manœuvre puis à 14 h 35, il se décide: - Tubes 1 et 2 parés. Distance 500 yards. Attention tube 1... Feu! Tube 2... Feu! A cinq secondes d'intervalle les secousses des tirs ponctuent le départ des torpilles. Les yeux dans le vague, les marins du Rubis attendent; sept secondes et c'est la première explosion qui secoue fortement le sous-marin. Trois secondes encore; une deuxième torpille explose et malgré le remue-ménage, la joie rayonne sur les visages fatigués. Rousselot n'attend pas plus: - A gauche toute! Le sous-marin abat aussitôt, prend le cap au 325 et se pose doucement sur le fond, à 40 mètres. Tout est stoppé à bord, veille aux hydrophones. Pendant ce temps, sa victime, le finlandais Hogland, de 4 360 tonnes, est en train de couler. A bord du Rubis, c'est l'attente anxieuse; le bruit des hélices des escorteurs passant au-dessus et qui, heureusement, ne les repèrent pas, quelques explosions lointaines. Il faut encore attendre. Entre 17 h et 17 h 30, quelques émissions Asdic sont perçues mais le bip-bip cesse sans qu'aucune attaque n'ait lieu. Néanmoins, le bâtiment a été fortement ébranlé par l'explosion de ses propres torpilles à environ 250 m endommageant 90 éléments de batteries et l'acide se répand maintenant dans les bacs. Vers 21 h 30, la nuit est tombée, tout semble calme, le pacha commande: - Paré à faire surface! Moteurs en avant 1 ! Rien ne bouge, les électriques refusent de tourner. Rousselet réagit immédiatement: - Chassez ballasts arrière! Toujours rien. A 22 h le Rubis est toujours collé au fond. Rousselot, sans montrer la moindre inquiétude, décide de jouer une des dernières cartes: - Chassez ballasts avant! Le long fuseau d'acier gémit, semblant hésiter, décolle lentement et jaillit à la surface par 50° de pointe. Tout le monde a été secoué par une telle remontée mais quel soulagement. Le panneau du kiosque est ouvert, les diesels se mettent à ronronner; maintenant il faut s'éloigner au plus vite des côtes ennemies distantes seulement de 2 milles. - Gouverner au 245, moteurs au maximum! Pendant ce temps, une partie de l'équipage fait la chaîne pour vidanger l'acide avec des écopes et les vider à la mer. La batterie avant est hors d'usage. Le 22 août à 01 h, Rousselot fait envoyer le message suivant: - To Flag Officer; Admiralty Captain -From french minelayer submarine Rubis: - Urgent. Sérieusement endommagé et hors d'état de plonger. Demande immédiatement assistance. Position; route; vitesse: 058° 16 N - 004° 48 E - 245° - 10 nœuds. Votre 2149 A du 19 - un bâtiment torpillé. 1e' et 2e groupes de mines mouillées. Le commandant des sous-marins répond à 02 h 44 en transmettant les coordonnées de la porte A du barrage de mines britanniques. Une protection aérienne de 3 Blenheim (Bombardier construit par Bristol et utilisé pour les reconnaissances) a été demandée à Rosyth. Le Rubis continue à naviguer mais la situation s'aggrave. Il doit stopper à plusieurs reprises pour isoler des éléments dégageant des vapeurs d'acide et de la fumée; ensuite il faut reconnecter 20 éléments en bon état mais l'atmosphère irrespirable oblige l'équipage à monter sur le pont, à l'exception du radio tenu à l'écoute. Heureusement la mer est calme. A 06 h 30, les, avions amis apparaissent et font des passés de reconnaissance. Toute la journée du 22 s'écoule ainsi sans autre incident. Durant la nuit, le second maître canonnier Turier tombe à la mer; il n'est pas retrouvé. Les électriciens, masque à gaz en place, travaillent par courtes périodes pour arriver à connecter les éléments des batteries avant et arrière. Il faut obtenir 80 volts. L'amirauté inquiète, fait appareiller un croiseur, deux destroyers et des bâtiments auxiliaires mais la présence du champ de mines empêche toute intervention. Un hydravion est alors envoyé avec mission de recueillir l'équipage et saborder le sousmarin si besoin est. D'autre part, le sous-marin hollandais 0 14, en opération en mer du Nord, est dérouté; il a ordre de se porter à vitesse maximum, donc en surface, en assistance auprès de Rubis. A 19 h 50, contact est pris avec le croiseur Curaçao, les destroyers Lightning et Live/y. la partie est gagnée. Une fois franchi le champ de mines, le sous-marin attend à la bouée 23; ensuite, pris en remorque, il remonte là Tay pour s'amarrer enfin à Dundee. Mission terminée, il est 14 h le 25 août. Le beau temps et l'absence de forces ennemies avaient permis le retour du vieux "soldat" . Les patrouilles et missions durent ainsi jusqu'en décembre 1944. La coque est fatiguée, les moteurs accusent plus de 2 000 heures de marche. L'arsenal de Dundee l'attend à partir du 29 décembre. Mais après examen plus approfondi, la commission technique juge les travaux beaucoup trop importants et décide de les faire exécuter dans un port français. La carrière du fier combattant est terminée. Son palmarès est assez impressionnant: - 28 missions de guerre; - 683 mines mouillées; - 17 ou 18 bâtiments de commerce coulés totalisant 30 000 tonneaux; - 11 bâtiments auxiliaires coulés; Tenant également compte du fait que le trafic ennemi s'en est trouvé désorganisé. Fait important à souligner: toutes ces missions ont été exécutées avec pratiquement le même équipage. Citons particulièrement la mascotte du bord, "Bacchus", un petit chien, ayant fait toute la guerre à bord. 1/ fut décoré de l'ordre du "Valiant Dog" par la ligue nationale de défense canine. De ceux qui ont quitté le bord, le lieutenant de vaisseau Dubuisson, officier en second, a pris entre-temps le commandement du sous-marin Minerve. L'enseigne de vaisseau Vissian l'a remplacé et l'enseigne de vaisseau Lamy est devenu officier en 3e. Ces deux officiers étaient déjà des rescapés du naufrage de la corvette Mimosa, torpillée le 9 juin 1942 par l'U-124. Après un grand carénage, le Rubis est recommissionné; il navigue jusqu'en 1950, période de sa mise en réserve spéciale puis de son désarmement. En 1957, la Royale, en quête d'un but sonar pour l'entraînement des escorteurs du G.A.S.M (Groupe d'Action Anti-Sous-marine), commandé par l'amiral Cabanier, désigne le Rubis destiné à la ferraille. Cabanier, en souvenir des anciens combats, trouve injuste, sinon indigne une telle décision; il préfère le couler au large du cap Camarat. Plus tard, dans son livre "Croisières périlleuses" l'amiral Cabanier écrit: "Ce vieil et glorieux serviteur ouvrit pour la dernière fois ses purges, panneaux ouverts, et s'enfonça à jamais dans la seule sépulture qui fut digne de lui..." Ainsi finit le sous-marin Rubis... Peu de bâtiments ont eu une carrière militaire aussi active. N'aurait-il pas été possible de le conserver pour en faire un musée des sous-marins comme le font d'autres marines? Les anciens sous-mariniers regrettent particulièrement que le nom de Rubis n'ait pas été attribué à un des nouveaux sousmarins afin de perpétuer le souvenir de ce sous-marin de la France Libre comme il a été fait pour son Compagnon de l'Ordre de la Libération, l'Aconit qui a eu deux descendants: un dragueur et une corvette moderne. Jean-Jacques BRIDOT SOURCE :

Les Forces navales françaises libres Les FNFL sur toutes les mers du monde (1941-1943)


 
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