Loonis Jean - Quelques souvenirs d’une carrière Marine bien remplie

mercredi 12 décembre 2007.
 

-  Création de la page, le 1er novembre 2007

En préalable au récit de mon séjour à Pont Réan en 1948 ; j’ai songé qu’il serait utile de décrire la situation exacte de ce que fut le Centre de Formation Marine. Si les anciens le connaissent bien, pour y avoir séjournés, ceux d’après 58, date de sa fermeture, l’ignorent peut-être.

Situation géographique : Sis en Bretagne à 13 km de Rennes environs, en 1948, Pont Réan était un agréable petit bourg tranquille, doté d’un pont célèbre très anciens, qui enjambe « La Vilaine », comprenant neuf arches, de construction gallo romaine et reconstruit en 1757.

Maintenant, rattachée administrativement à la commune de Guichen et s’appelant Guichen-Pont Réan, cette agglomération a pris un essor important, industriellement, pour être considérée comme satellite de la ville de Rennes.

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Pourquoi, un Centre de Formation Marine, ainsi en pleine nature, dans ce petit Bourg qu’était Pont Réan ? Il faut se remémorer que nos ports militaires (Brest et Cherbourg) eurent à souffrir de bombardements très destructeurs, rendant inutilisables bon nombre d’installations.

Le CFM a lui était occupé durant la Seconde guerre mondiale, tout d’abord par l’armée allemande, puis vinrent les américains et les anglais, lesquels laissèrent des baraquements en parfait état, à l’entour du château de « La Massaye », permettant l’installation immédiate de ce que sera le CFM, pour notre Marine d’après guerre.



-  Voici donc le récit de mes débuts dans la Marine et le séjour, passage obligé, au Centre de Formation Marine - Pont-Réan.
 
Il y aura de cela soixante ans prochainement. Durant la semaine de Noël-Nouvel an 1947/48, j’ai enfin reçu la convocation de me rendre au Bureau Engagement Marine de Valenciennes (Nord), la demande ayant était faite juste après le 30 juin 47, jour anniversaire de mes 17 ans accomplis, pour y signer le contrat d’engagé volontaire (5 ans) au titre du Corps des Equipages de la Flotte.

Me présentant au Bureau d’engagement au jour prévu, le 13 Janvier 1948, à huit heures, nous étions cinq postulants de la région pour cette formalité. Dès notre contrat signé, il nous fut remis un titre de transport avec billet de train, à destination de Rennes, via Lille et Paris.

La grande aventure commençait.

Parmi nous, certains avaient dans la valise, à manger et à boire, ce que je n’avais pas prévu et vers midi, nous avons pu ainsi nous restaurer ensemble comme des copains de toujours.

J’ai le souvenir, que deux d’entre eux, plus âgés, étaient mineurs de fond dans la région de Lens. Durant le trajet en train, chacun se mit à raconter sa vie et ses espérances pour demain. Il va de soi, qu’après la difficile période de guerre que nous avions endurée, nous étions tous à la recherche d’un métier et la construction d’un avenir, aussi l’idéal « marin » était-il prioritaire pour nous.

Arrivés à Paris, gare du Nord, il fallut se rendre à la gare d’Orsay (qui était encore une gare), en taxi. Enfin, le train de nuit nous amena vers 4 heures à Rennes. A notre étonnement, il n’y avait point de gare. Rennes, grand centre ferroviaire, avait également subit les bombardements alliés, qui ont causé d’importantes destructions, dont la gare. Un baraquement de bois en tenait lieu. Au centre de la pièce se trouvait un gros poêle à charbon, dispensant sa chaleur, (nous étions à la mi-janvier).

Un camion militaire arriva, du café chaud et du pain furent distribués. Entre-temps, d’autres trains arrivèrent, amenant un grand nombre de jeunes gens comme nous.

Au petit jour, plusieurs camions « Saurer » arrivèrent, pour nous emmener au CFM.

Arrêt, descente et rassemblement de tous dans la cour du château de « La Massaye ».

Ce fut la « bienvenue » du Commandant du centre ainsi que celle de l’officier chargé de notre instruction (le capitaine de compagnie). Enfin, prise en charge par les divers instructeurs, officiers mariniers et quartiers maîtres.


Il y eut ensuite l’ouverture des valises, pour la récupération éventuelle des bouteilles d’alcool ou autres objets illicites dans le camps ; réunis en groupe d’une vingtaine de gars environs, l’on fut diriger vers les baraquements isolés du camp par une clôture de fils barbelés. A l’intérieur d’une des baraques où je pénétrais, meublé de caissons métalliques et lits superposés par deux, avec le couchage par dessus ; devant la porte d’entrée, un gros poêle a bois et son caisson rempli de bûches . Je choisi un lit du haut a l’opposé de la porte (pour voir venir). Une réunion eut lieu, pour l’explication des gravures, si l’on peut dire, les horaires (lever, coucher, quartier libre, les repas , les corvées diverses). Quérir le bois le matin pour le chauffage du soir, propreté de la chambrée et alentour , nécessité de s’organiser pour 3 semaines d’internat dans le camp sans sortie possible, temps nécessaire pour les formalités d’incorporation et instruction militaire proprement dite. Il fut instituer un tour de garde de nuit dans la chambrée, afin de parer aux vols ou autres faits imprévisibles ; bref, début d’apprentissage de la garde a toute heure et de la discipline. Au petit matin, réveil au son du clairon,(rappelez vous la musique), puis du célèbre ’Debout la dedans’, aussi gare aux lambins. et le virage du lit par les saccos. La douche du matin, pas surpris par la méthode, ayant séjourné deux ans dans un orphelinat, aussi je me hâtais pour sortir dans les premiers, dans le local jouxtant la douche des panneaux annoncés : Grand : moyen : petit : sous lesquelles, accrocher a des patères de bois les vêtements de rechanges en remplacement de ceux civils, serviette, caleçon court , et chacun avait le choix, selon sa taille , pas évident pour les derniers, a l’autre bout du local, parterre un tas de pantalons et vareuses en treillis usagers et enfin, une montagne de sabots et galoches en bois au choix de chacun, là encore les derniers se sont retrouver avec soit deux droits ou deux gauches voir sans bride, je ne vous dit pas , la rigolade , marin en sabots .. On nous expliqua que ce se serait l’affaire de quelques jours, le temps de prendre les mensurations pour les commandes nécessaires et leurs délivrances, au prés du dépôt de Brest. Pour les sabots se fut l’affaire de quelques jours, mais il était prudent de les mettre sous la tête la nuit, sinon.. Pas sûr de retrouver les mêmes le matin. Distribution d’une demi ration de cigarettes Troupe ou tabac gris et un cube de savon de Marseille pour laver le linge.


Bien des souvenirs me reviennent encore en mémoire. Le problème des sabots de bois fut résolu quelques jours plus tard, par l’attribution, pour le travail, d’une paire de brodequins en cuir brut, cloutés. Les brodequins noirs de « sortie » furent attribués avec le complément de paquetage.

Nous avons également reçu la trousse de couture, avec aiguille, fils blanc, noir, coton, etc. Le second maître Bosco nous apprit à coudre la légende (Marine Nationale) et l’ancre marine sur le bachi, ainsi que les anses de fixation de la jugulaire. Nous avons aussi reçu la plaquette en alu comportant le numéro d’immatriculation marine, indispensable pour le marquage ultérieur du linge.

Le baraquement face au nôtre, mais de l’autre côté de la clôture barbelée, était occupé par des prisonniers de guerre allemand, une douzaine ou plus. Il était interdit de communiquer avec eux. Ils étaient utilisés pour les corvées de quartier du camp et pour la construction de la chapelle. Toutefois, le soir, après le repas, comme leurs latrines étaient contiguës des nôtres, c’était un lieu de conversations et aussi d’échange de petits objets pratiques, qu’ils confectionnaient avec des planchettes ou du contreplaqué récupéré. Je me souviens des deux planchettes pour plier le linge au carré. Les dimensions en étaient de vingt-quatre par vingt-quatre centimètres, si mes souvenirs sont exacts ! C’est un système très pratique pour avoir toujours la bonne mesure, utilisé par la suite pour les inspections de sac et autres usages. J’ai troqué les planchettes contre la demi ration de cigarettes perçue quelques jours auparavant. Les prisonniers avaient deux chevaux et une charrette en V, une récupération de guerre, qui leur servaient pour les corvées, transport du bois de chauffe entre autres choses. Je n’ai pas le souvenir du gardiennage de ces prisonniers dans le camp.

Après huit heures, dés la levée des couleurs terminée, la répartition des corvées avait lieu : chambrées, bois de chauffage (il fallait être deux pour porter la caisse). Certains se contentaient de ramener la caisse à moitié pleine, « trop lourd pour nous », disaient-ils. Avec pour conséquence, qu’aux environs de vingt-deux heures, le bois manquait pour chauffer la baraque (nous étions en janvier 1948).

Il y avait aussi la corvée des réfectoires. L’une de ces corvées avait ma préférence, c’était celle du réfectoire des officiers mariniers, pour le casse croûte et le café offerts à la fin du nettoyage. Je me souviens qu’a cette époque, le pain était encore rare, sinon rationné. Pour le repas nous disposions d’une boule pour huit, tranchée en parts plus ou moins égales. Celles-ci étaient tirées au sort par le responsable de table. Il y avait également le quart de vin, avec le bromure qui miroitait au dessus. Au début nous ne connaissions pas ce breuvage !

L’après-midi, avait lieu l’apprentissage des diverses théories, expliquées par les instructeurs qui nous encadrés : compartimentage intérieur des navires, numéro d’affectation à bord, service intérieur, discipline et bien d’autres sujets encore.

Il y eu aussi ce fameux vaccin, le « TABDT », tant redouté par certains. Personnellement, il ne m’a causé aucun problème.

Une journée fut consacrée au passage des tests de connaissance générale et techniques, afin de déterminer le choix de la spécialité à acquérir. Handicapé par mon niveau d’étude peu élevé, du fait de la guerre, en dernier ressort je choisis la spécialité de Maître d’hôtel.


Le stage de formation à la spécialité de Maître d’hôtel devait se faire au CFM, au château de « La Massaye ».

A l’issue des trois semaines dans le campement, isolé du reste du camp, et après signature du contrat d’engagement définitif, nous avons reçu le sac et le reste. et avons été transférés vers un autre baraquement, qui avait pour nom « Le Primauguet ». C’est ici qu’a commencé la véritable instruction militaire, sans arme et avec arme. Armes parmi lesquelles le fameux fusil « Lebel », une bête de quatre kilos, qu’il ne fallait surtout pas laisser retomber sur le bout du pied au « reposé. arme ! ». Je n’ai pas le souvenir d’avoir fait du tir avec, ni monté la garde non plus. Nous étions très nombreux, avec des inscrits maritimes qui faisaient leur temps légal.

Il y eut également l’instruction marine, avec en premier la godille. Celle-ci se pratiquait d’abord sur des youyous, dans les douves du château. Après ce fut à bord de canots sur la rivière « La Vilaine », où l’on nous apprit les manouvres avec les avirons, la jugulaire au menton. Bien entendu, le bosco instructeur mettait à profit le moment pour renouveler l’apprentissage des nouds marins. Je me souviens encore des marches au pas en chantant « Les africains » ou « Le ciel est bleu » et autres chants appropriés. Nous avions alors un franc succès auprès des habitants.

Les sorties du dimanche arrivèrent. Ce fut d’abord au village et dans les bourgs environnants. On nous réservait un bon accueil et on nous offrait même des crêpes accompagnées de la bolée de cidre. Une ou deux fois, nous avons visité la ville de Rennes. Nous avons pu avoir un aperçu des dégâts causés par les bombardements de la dernière guerre. Même la belle cathédrale et des bâtiments historiques étaient gravement endommagés.

Aux alentours de la fête de Pâques, le stage de formation étant terminé, après une dernière inspection de sac, eut lieu le départ vers les écoles ou les centres de spécialités, avec au préalable, une permission de quatre jours. Heureux événement, s’il en fut, à l’idée des sorties en ville avec les copains et les copines, dont celles qui demanderont à toucher le pompon.

J’ouvre ici une parenthèse sur l’habillement, qui était loin d’être de qualité. Au premier lavage de la chemisette en coton écru, si l’on n’y prenait garde, le bleu se mélangeait avec le blanc des parements, blancs rayés de bleu. Et malheur à celui qui avait utilisé de la javel : le bleu disparaissait, laissant des traces jaunâtres. Le tricot rayé et la coiffe blanche du bachi avait exactement le même inconvénient. Aussi, il fallait prendre garde à cela lors des lavages. Des « anciens » nous donnèrent le remède par la suite. La première trempe devait être faite dans l’eau de mer, le sel fixant la couleur bleu. Mais les « marins d’eau douce » que nous étions encore, ignorions ce truc.

Il y avait aussi le cauchemar des plies du pantalon à pont, confectionné dans un grossier lainage brut, impossible d’y fixé les plis. Là également une recette existait : préalablement au repassage, il fallait passer à l’intérieur de l’ébauche du plie, une lamelle de savon sec. Ainsi au repassage, avec un linge légèrement humide créant juste la vapeur nécessaire, les fibres de laine se collaient entres elles, le plie était ainsi fait. Mais attention ! Sitôt humide, le savon fondait, laissant alors apparaître une raie blanche à l’emplacement du plie. Enfin, les souliers bas, dits « de sortie », n’existaient pas non plus. Sur les grosses chaussettes de coton bleu marine ou noir, c’était les brodequins cirés noirs qui avaient cours. Ah oui ! Et cette fameuse cravate noire, toujours trop sortie ou trop rentrer dans la falle, souvenir de Trafalguar, si mes souvenirs sont exacts. Existe-elle encore ?

A la fin de la permission, il me fallut rejoindre à nouveau Pont-Réan, afin d’y effectuer le stage de breveté provisoire dans la spécialité de Maître d’hôtel.


De retour au CFM , à l’issue de la permission, il fallut commencer le stage de la spécialité envisagée, celle de Maître d’hôtel. Nous étions une dizaine d’apprenti, autant dire « en petit comité » ; les cours et travaux pratiques devant se dérouler au château de « La Massaye », lieu de résidence du commandant le CFM , je me souviens de son nom CV Debazelaire, ainsi que quelqu’autres officiers de marines de divers spécialités, administrant le centre, ainsi qu’ un aumônier. Les instructeurs se composer d’un QM1 et un QM maître d’hôtel, et le chef de cuisine pour les travaux pratiques du matin. L’après midi, était dispenser les cours théoriques , soit par l’officier Commissaire du CFM, ce dernier développait les règlements propres a l’administration a bord des grandes et petites Unités de la flotte ou a terre ; je ne m’étendrais pas sur le sujet qui sans doute a subit des modifications depuis le temps , en théorie également, composition des divers tables , objet de la tradition marine de l’époque , l’ordre de préséance des personnes a servir a table , le service des vins, champagnes et liqueurs en fonction des menues ou des mets servis, ceci dispenser par le maître d’hôtel ou le chef cuisinier. Je me souviens entre autres travaux du matin, ceux de la propreté des locaux , de la grande salle a manger dont le sol était en parquet de vieux chêne cirés « en épis », qu’il fallait astiquer et galérer chaque jour, je n’ai pas souvenance de l’existence d’un aspirateur. Puis venait la mise des couverts a table, sa décoration par un chemin de table avec divers objets, fleurs ou autres, pour ce faire une dame donnait des conseils, dame dont je n’ai souvenance ni du nom ou de sa qualité au centre ; après le changement de tenue et notre repas, venait le service, sous la vigilance des maîtres d’hôtels, le respect de l’ordre de préséance, selon la tradition marine (service a la française, a l’anglaise) etc. Je n’en dirais pas plus sur ce sujet trop vaste, mais qu’il fallait connaître. Je reviens tout de même sur les travaux à la cuisine, le matin, quand notre tour venait, certes il y avait la plonge, l’épluchage des légumes, nettoyage des fourneaux et autres ustensiles, les casseroles ou plats servants pour la confection des pâtisseries a l’entour desquels subsister des restes de bonne crème pâtissière ou au beurre, que l’on prélever avec le doigt, sous l’oil amusé du chef cuisinier ; quel délice, pour nous qui sortions tout juste des restrictions de la guerre. Le soir et un dimanche sur deux, nous étions au service de l’officier de garde et autres permanents.

En conclusion : J’ai bien apprécié ce stage, j’y ai appris une quantité de choses a connaître dans la vie, j’y ai mis pour cela toute la bonne volonté, n’ayant pas été gâté par l’existence jusqu’ alors. L’examen de fin de stage arriva, et m’en sorti assez bien, en moi même, j’étais assez fier de ce premier galon rouge en travers du bras et de la feuille d’acanthe par dessus. En récompense, il me fut accorder outre une permission de 4 jours et la première fraction de la prime d’engagement, j’ai appris aussi que l’on m’offrais de passer l’été 48, devinez où ? .. A Porquerolles ! le veinard !. En effet, ce fut là ma première affectation, et rejoignis l’île via Toulon, le 16 juin 1948. Là est une autre histoire.




-  PORQUEROLLES : (Souvenir d’un bel été)

La feuille de route m’enjoignant de rejoindre l’Ecole TER (Transmission, Ecoute, Radar) de Porquerolles (Var) le 16 Juin 1948 sans plus de détail, le dernier jour de permission fut consacrer entre autre a élaborer l’itinéraire et les horaires pour m’y rendre, le bouclage du sac et de la valise, ainsi que l’au revoir aux parents et amis proches. Départ de bon matin pour rejoindre Lille, que je connaissais bien pour être de la région, ensuite la correspondance pour Paris - gare du Nord ; durant ce trajet, a l’aide d’un plan du métro que je m’étais procuré, j’étudiais et noter les différentes lignes et stations pour parvenir facilement à la gare de Lyon. L’usage de taxis s’avérant bien plus onéreux, d’autant que bien souvent le parcours est plus ou moins fantaisiste au gré du chauffeur pour faire tourner le compteur, profitant de la méconnaissance du circuit par son client.

Puis ce fut « Cap au sud » arrivé assez tôt, j’eus la chance de trouver une place assise, petite parenthèse(a l’époque, les soldats et matelots en uniforme étaient astreints de voyager en 3° classe, en temps normal). Bagages lotis au dessus de la tête , je pus ainsi, après m’être restauré, reposer durant la nuit. Je n’ai ainsi pas aperçu les différentes métamorphoses du paysage, venant du nord, allant au sud, vers six heures au lever du soleil, quel émerveillement pour moi de contempler au passage, les plaines de vignes, d’oliviers, de lavande, les cyprès, paysage tout neuf pour moi et que je ne connaissais pas, étant Chti’mi.

Bientôt ce fut Marseille, sa bonne mère dominant la ville que l’on apercevait au loin. "Marseille St Charles, terminus, tout le monde descend....." dit avé l’acent du pays, qu’elle saveur ! il fallut donc prendre le train vers Toulon, là je n’était plus seul comme matelot, cela va de soi, confiant mes bagages a un matelot voisin, j’allais boire et me restaurer, puis regagnant ma place, le convoi démarra .

Ce train, un tortillard permettait d’admirer le paysage, nouveau pour moi ; après quelques tunnels, ce fut Cassis et La Ciotat, avec au loin la « Belle Bleue » , Bandol, Sanary , La Seyne sur Mer et son chantier naval son chantier naval, enfin Toulon. Cherchant les renseignements sur le trajet a suivre, je demandais au chef de patrouille stationnant dans le hall de la gare, il me fut indiquer de m’ adresser au car des « Chemins de Fer de Provence » desservant Hyères, puis une autre correspondance pour la presqu’île de Giens et la Tour Fondue. Le trajet ne fut pas trop long, et bientôt je put me rendre sur l’embarcadère ou se trouver amarrer le bateau assurant la navette entre le continent et L’île de Porquerolles. A bord, fallut attendre le chargement des colis, vivres et autres pour les habitants de l’île, ainsi que les bagages des passagers. Par dessus bord, je pus admirer le fond marin, peut profond en cet endroit où nageant entre les rochers, des petits poissons de roches, argentés, j’étais en admiration, ignorant tout de la faune et flore méditerranéenne. Puis vint le départ, il fallut un bon quart d’heure pour parvenir a bon port ; beau temps, belle mer, cette première traversée, fut sans problème pour quelqu’un qui n’avait encore naviguer que sur la Vilaine à Pont Réan.

Les opérations d’accostage terminées, j’empruntais le débarcadère menant au village, apercevant bientôt la petite église et la place bordée d’arbres, ainsi que quelque bars ou restaurants ombragés de palmiers. Je me promettais de revoir tout cela de plus prés ultérieurement.

A gauche, un ensemble de bâtiments couverts de tuiles rouges avec, plus loin, surplombant le tout, le fort Sainte Agathe sur lequel était hissé le pavillon tricolore.

Ici, j’attire aimablement l’attention des lecteurs, que cette description des lieux est faite « de mémoire », des souvenirs de presque soixante ans. Je n’ai jamais revu Porquerolles, sauf en vidéos ou photos. Il semble que les bâtiments de l’école ont subsisté. Cependant, il y a tout lieu de penser que leur destination a changé, après la fermeture de l’école en 1971.

A l’aubette, où je me présentai, un planton m’amena au BSI. Là, je fus reçu par le capitaine d’arme, qui m’annonça ma mise à disposition au service de la « table » des officiers mariniers de l’école, c’est-à-dire, le lieu ou ceux-ci, cadres, instructeurs et autres personnels de l’établissement prennent leurs repas matin, midi, soir.

Je prenais de suite contact avec le lieu, en compagnie du « Bidel », ce dernier étant aussi le « Président » de la « table ». Je fis connaissance des deux cuisiniers et des deux matelots sans spécialité, avec qui je travaillerai. Dans la suite de la cuisine, je déposai mon sac dans le caisson disponible, valise par-dessus.

Je devins rapidement familier avec les cuistots et les motels, puisque nous tous étions sur la même galère. J’allais avec l’un d’eux récupérer un hamac qu’il fallait crocheter dans la cuisine, suffisamment vaste pour servir de dortoir, ce qui était pratique pour celui à qui, de bon matin, revenait le rôle de la mise en chauffe du percolateur et la préparation des petits déjeuners.

Je pris donc peu a peu ces fonctions, nouvelles pour moi, m’apercevant qu’il fallait mettre « en veilleuse » toutes les notions théoriques de service, acquises durant la formation de maître d’hôtel à Pont Réan, au château de La Massaye. Ici le service à table étant collectif en raison du nombre de personnes à se restaurer.

Toutefois l’ambiance était sympathique. C’était l’été, l’école était en fin de promo et les officiers mariniers, principalement des instructeurs, partaient en congé ou pour rejoindre un nouveau poste. Bref ! Cela nous autorisait à disposer d’un quartier libre l’après midi, pour aller lézarder sur les magnifiques plages de sable fin du Langoustier ou de la Plage d’Argent. Les baignades m’ont permis aussi d’apprendre à nager, ce que je ne savais pas faire jusqu’alors. J’estimais cela indispensable pour un marin. Je visitai également le village ou l’intérieur de l’île, sa végétation sauvage entourant des petites criques au bord de la mer, bien caractéristique du lieu. Nous étions, je le rappelle, en juin 1948, époque où le tourisme sur terre ou sur mer était peu répandu.

Je profitai également des samedis ou dimanches de sortie pour visiter la ville d’Hyères, avec ses magnifiques demeures et ses avenues bordées de palmiers. Un dimanche ce fut Toulon, n’ayant jusque-là qu’aperçu la ville, depuis la gare lors de mon arrivée.

Réalisant un jour que l’engagement marine de cinq ans ne servirait pas à grand chose si je devais rester a bord du « Reste-à-terre », un matin, je contractai donc, au secrétariat du Bureau militaire, un acte de volontariat pour servir « toutes campagnes », espérant que le plus tôt serait le mieux.

Vint la fin octobre. C’est en fin de matinée du 31 de ce mois, que je fus convoqué au Bureau militaire, où un message annonçait mon embarquement immédiat sur le porte-avion Arromanche, à quai à Toulon, et qui allait appareiller en soirée pour l’Indochine. J’appris également qu’un chasseur côtier viendrait me récupérer dans la soirée depuis Toulon.

Inventaires, passation des consignes et autres formalités de départ furent exécutés rapidement et vers dix-sept heures, le chasseur venait s’arrimer à l’embarcadère. Il n’était pas venu à vide, ayant à son bord un chargement de vivres et de boissons pour l’école, en provenance du SAO (Service Approvisionnement des Ordinaires).

Je fis mes adieux aux copains, camarades de travail et autres collègues, deux parmi eux m’accompagnèrent jusqu’au chasseur qui ne tarda pas à appareiller pour Toulon. Heureusement la mer était calme (je craignais.). Je n’avais nullement songé à faire mes adieux à cette île où j’avais passé un bel été, malgré tout.

Il faisait nuit noire quand l’embarcation s’approcha de cette énorme masse que représentait pour moi le porte-avion. Dès le chasseur amarré, j’en débarquai avec le sac sur l’épaule, la valise en main et je m’approchai de l’échelle de coupée où des matelots d’équipage s’affairaient à transborder les dernières marchandises restant à quai. Profitant d’un espace libre, j’empruntai le même chemin, pour arriver devant l’officier de quart (enfin, je crois). Un enseigne de vaisseau de première classe, ainsi que d’autres officiers mariniers et matelots. Bagages au pied, je saluai, me présentant et remettant l’ordre d’embarquement, ainsi que l’enveloppe contenant mes documents administratifs (livrets).

Après contrôle au téléphone du bord, un quartier maître fusilier prenant ma valise en main, m’invita à le suivre en une succession d’échelles et de coursives à l’intérieur de ce grand navire qu’était l’Arromanche.

J’arrête ici ce récit, la suite étant une toute autre histoire.



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