Prochaine réunion : Assemblée générale amicale DORIS le 25 novembre 2017
Les cours de connaissances générales du sous-marin après la seconde guerrre mondiale - Conférence VI
article posté le 13-10-2005 à 16:42:18, par Jean-Luc DELAETER




CONFERENCE VI



Les chasses H. P et B. P.



I.- GENERALITES. l)



Aussitôt après avoir plongé, le sous-marin est "balancé", c'est-à-dire qu'on lui imprime au moyen des barres de plongée des inclinaisons longitudinales ou "pointes", dans un sens puis dans l'autre, pour évacuer aussi complètement que possible les poches d'air qui pourraient rester dans les ballasts ou les superstructures. Cette opération effectuée, on ferme les purges pour être prêt à tout instant à remonter en surface par chasse d'air dans les ballasts, comme on le verra plus Loin. 2) Pour revenir en surface, il faut diminuer son poids afin de lui donner de la flottabilité, il faut donc évacuer l'eau introduite dans les ballasts au moment de la plongée. Tant que le sous-marin est en plongée, il ne peut utiliser pour cela que l'air comprimé à haute pression (air HP) qu'il a emmagasiné au préalable dans des groupes de bouteilles. Quand après cette première opération dite chasse HP, il est suffisamment remonté en surface pour qu'on puisse ouvrir le panneau du kiosque (ou la manche air frais en cas de très mauvais temps), on emploie pour terminer la vidange des ballasts : - soit l'air légèrement comprimé par une turbine à grand débit appelée soufflante, - soit les gaz d'échappement produits par un des Diesel refoulés dans les ballasts à faible pression. C'est la chasse basse pression (chasse HP) ou vidange. 3) Le retour en "surface sur les barres" n'est pas un véritable retour en surface puisqu'il consiste à faire émerger légèrement le sous-marin sous l'unique action des barres de plongée mises à monter, sans modifier la flottabilité alors nulle du sous-marin, il serait imprudent d'ouvrir un panneau dans cette position qui n'est prise que pour un temps très court. II - CHASSE HP. C'est le seul moyen d'évacuer l'eau des ballasts si le sous-marin n'a pas de communication avec l'atmosphère extérieure et quelle que soit son immersion. Il consiste à refouler à la partie haute des ballasts l'air HP pris dans des bouteilles à 250 kg/,cm2 (français). Si les purges ont bien été fermées, l'eau est évacuée vers l'extérieur par les remplissages et le sous-marin prenant de la flottabilité positive, émerge rapidement (Fige 38),



 





.



l) Conditions à remplir : L'installation doit permettre : - a) De chasser du poste Central dans tous les ballasts ordinaires avec tous les groupes d'air disposés au collecteur par l'ouverture d'un seul sectionnement (appelé pour cette raison, chasse générale). - b) En cas d'envahissement du poste Central, de chasser de chacun des postes extrêmes AV et AR (compartiments de refuge) dans tous les ballasts, - c) La chasse HP doit être d'autant plus puissante que le sous-marin plonge plus profondément. En effet, pour une installation donnée le poids d'air débité est à peu près constant quelle que soit l'immersion. Mais le volume d'air détendu et donc la quantité d'eau chassée des ballasts en un temps donné, est inversement proportionnel à la contre-pression opposée par l'eau, c'est-à-dire à l'immersion. Exemple : Un "NARVAL" chassant HP à 100 mètres d'Immersion pendant 1 minute s'allègera de 20 tonnes, A 200 mètres d'immersion de 10 tonnes seulement. 2) Réalisation française des chasses HP (Fig. 39). Nous allons décrire l'installation des "NARVAL". Celle des "CREOLE" n'en diffère que par quelques détails. - a) Les ballasts au point de vue de la chasse sont répartis en 3 groupes. (On n'a pas muni les ballasts soutes de chasse HP puisqu'ils sont pratiquement toujours disposés en soutes extérieures à combustible). - Groupe AR : Ballasts 1 Volume = 48 m3 - Groupe milieu : Ballasts 4 (centraux) Volume 100 m3 Ballasts 5 - Groupe AV : Ballasts 8 et 9 Volume = 113 m3 - b) Les départs de tous les tuyaux de chasse des ballasts d'un même groupe sont réunis par une même clarinette dite "tableau de chasse". Chaque départ est muni d'une soupape de sectionnement dite "chasse particulière". Il y a 3 tableaux de chasse (AR, milieu, AV). Chaque tableau de chasse est muni d'une purge au point bas de la clarinette. - c) Un collecteur dit "collecteur de chasse" réunit les 3 tableaux entre eux. - d) Le collecteur général d'air à 250 kg dit "collecteur d'air HP" court de l'AR à l'AV. Ce collecteur est alimenté en permanence par les groupes de bouteilles d'air HP. - e) Le collecteur de chasse est réuni au collecteur d'air HP par 3 traverses (une au poste AR, une au poste Central et une au poste torpilles). La traverse du Central est dédoublée à son départ du collecteur d'air HP. Chacune de ces traverses porte un sectionnement dit "chasse générale". NOTA : 1 - La chasse générale du Central est dédoublée par mesure de sécurité (cas du coincement d'un des sectionnements). 2 - Ce dédoublement permet aussi d'augmenter l'efficacité de la chasse, en ouvrant les 2 sectionnements à la fois. 3 - Les soupapes à tiroirs employées sur les Narval présentent sur les soupapes classiques à pointeaux l'avantage de se manoeuvrer instantanément et d'avoir une perte de charge (par laminage de l'air) plus faible.



.





.



- f) Le collecteur de chasse est muni au Central de 3 sectionnements de groupes dits : - "Chasse au groupe AR" - "Chasse au groupe milieu" - "Chasse au groupe AV" Suivant la position de ces chasses de groupe, on peut donc chasser du central à un, deux ou trois groupes (chasser partout). - g) Sur les tableaux de chasse AV et AR, on trouve sur 1'arrivée du collecteur de chasse un sectionnement permettant d' isoler le tableau de chasse correspondant (sectionnements AR et AV du collecteur de chasse). - h ) Manœuvres des chasses HP : Lorsqu'on a ouvert les chasses particulières, les 3 chasses de groupe au central et les sectionnements AV et AR du collecteur de chasse, on peut donc : - de l'un quelconque des 3 tableaux de chasse, "chasser partout" par ouverture de la chasse générale correspondante. - du poste Central, chasser à l'un des 3 groupes AR, milieu, AV en Fermant 2 sectionnements (les chasses de groupe des 2 autres groupes) et en ouvrant la chasse générale. - d'un poste extrême, chasser au groupe correspondant seulement en fermant le sectionnement du collecteur de chasse et en ouvrant la chasse générale. i)-Détails d'installation : - Les tuyautages sont en cuivre de forte épaisseur. - Chaque tuyau de chasse à son arrivée sur 1e ballast est muni d'un clapet de non retour, destiné à empêcher la libre communication de l'air entre les ballasts d'une même paire et des rentrées d'eau dans le collecteur de chasse. -j) Chasse directe aux Centraux : 1) Un tableau de chasse directe aux ballasts 4 Bd et Td placé au Central permet d'effectuer une chasse HP limitée à ces seuls ballasts. Cette chasse permet : - soit de combattre rapidement une gîte accidentelle (chasse au redressement), - soit pour une flottabilité donnée du sous-marin d'avoir une meilleure stabilité transversale au retour en surface(pas de carènes liquides dans les autres ballasts). 2) Ce tableau comporte : - une arrivée prise sur le collecteur d'air HP avec sectionnement tenant lieu de chasse générale appelée "Chasse aux centraux". - 2 sectionnements particuliers de chasse appelés "Chasse au Central Bd et Td", - une purge entre ces sectionnements. - k) Chasse HP de renflouage : Un tuyautage de chasse par l'extérieur part d'un raccord vissable rapide sur l'avant de la baignoire et aboutit sur le tableau de chasse entre les chasses générales et les chasses de groupe. Il est muni au passage de la coque épaisse, d'un sectionnement manoeuvrable de l'intérieur et de l'extérieur. On peut ainsi après branchement par un scaphandrier, chasser aux ballasts à partir d'un bâtiment de renflouage. 3) Réalisation allemande des chasses HP : Elle diffère de la réalisation française par les points suivants : - Il y a un seul tableau de chasse situé au Central. De ce tableau partent les tuyautages allant à chaque ballast. On ne peut donc chasser que du Central. - Les 2 chasses générales sont des soupapes à marteau. - Une soupape de sûreté (tarée par exemple à 60 kg sur le "ROLAND MORILLOT"), sur le tableau de chasse, limite la chasse HP à un débit pas trop élevé, de façon que la brusque détente de l'air dans les chasses ne provoque pas le givrage des soupapes. 4) Chasse HP à grande immersion : - a) Des essais récents ont montré qu'un sous-marin remontant sans erre horizontale prend un mouvement oscillatoire transversal au-delà d'une certaine vitesse ascensionnelle limite. Autrement dit, si un sous-marin stoppé, chasse HP à grande immersion, il remonte avec un mouvement de roulis qui va en s'amplifiant. Les essais ont montré que pour un Narval si la flottabilité obtenue en chassant HP vient à dépasser 100 tonnes (vitesse de remontée voisine de 2 mètres/sec.), l'amplitude du roulis atteint des valeurs dangereuses (dépassant 45°). On a donc été amené à limiter la chasse à grande immersion à un seul groupe de ballasts. On ne dépasse pratiquement pas ainsi La flottabilité limite de 100 tonnes. - b) Les consignes suivantes sont donc provisoirement appliquées sur les "NARVAL", afin d'ôter la possibilité de chasser partout par inadvertance par la seule manoeuvre de la chasse générale. 1) A la mer les sectionnements de groupe AR et milieu sont fermés (mais décollés pour pouvoir être ouverts rapidement). Le sectionnement de groupe AV est ouvert. - Pour chasser au groupe AV, il suffit d'ouvrir la chasse générale; - Pour chasser à un autre groupe, il faut fermer le sectionnement du groupe AV et ouvrir le sectionnement du groupe considéré, avant de manoeuvrer la chasse générale. 2) Cependant en cas de voie d'eau, il est nécessaire de chasser partout, car le risque d'obtenir une flottabilité supérieure à 100 tonnes doit être négligé en regard du danger couru. Pour chasser partout, il faut ouvrir les sectionnements de groupe milieu et AR, avant de manoeuvrer la chasse générale. Mais pour ne pas dépasser la flottabilité de 100 T, il convient, lorsque la remontée est amorcée : - de cesser de chasser, - de surveiller le manomètre d'immersion et se tenir prêt à reprendre la chasse si la remontée ralentit : ce serait en effet le signe que l'expansion de l'air introduit dans les ballasts ne compense pas l'entrée d'eau. - d'augmenter la vitesse du bâtiment si possible, pour atténuer les effets d'oscillation dus au mouvement de remontée du sous-marin, c) Prochainement le schéma de la chasse générale et sa réalisation seront modifiés. - la chasse générale deviendra un simple sectionnement d'alimentation en air du tableau de chasse et restera ouverte en permanence à la mer. - Les chasses de groupes deviendront des sectionnements à manœuvre rapide (du type soupapes à tiroir commandées par leviers) III - CHASSE BP. I1 est préférable de ne pas chasser HP dans tes ballasts jusqu'à leur vidange complète, car on ne possède à bord qu'une quantité limitée d'air comprimé qu'il faut économiser. On chasse donc HP jusqu'à ce que la flottabilité soit suffisante pour faire émerger le panneau du kiosque, on ouvre alors ce panneau (ou 1a manche à air frais en cas de très mauvais temps) et on termine la vidange des ballasts par une chasse à basse pression. On effectue cette chasse BP de deux façons différentes : - soit par turbosoufflante ("CREOLE" et "S"), - soit par refoulement des gaz d'échappement d'un Diesel (Allemands et "NARVAL").



.





.



1) - Chasse BP par turbosoufflante. Ce procédé consiste à comprimer l'air dans une turbine entraînée par un moteur électrique. - a) Sur les "CREOLE" (Fig. 40) la soufflante est un auxiliaire poussé et délicat. Tournant à 5000 T/min, elle vidange les ballasts en 5 minutes. Elle ne peut être remise en route moins de 30 minutes après avoir effectué une vidange (échauffement des paliers). La soufflante aspire l'air par le panneau du kiosque et le refoule sous 0,600 kg/cm² dans une boite de distribution dite clarinette de chasse BP. Un sectionnement S à manoeuvre rapide permet de démarrer ou de stopper la vidange. Les tuyaux de chasse BP partent de la clarinette et aboutissent dans le haut de chaque ballast par un clapet battant de non-retour (Fig. 40). - b) Sur les "S", l'installation ne vise pas à réaliser une vidange rapide. La soufflante lente, mais robuste, vidange les ballasts en 15 minutes environ. 2) - Chasse BP par gaz d'échappement. Ce procédé consiste à envoyer dans les ballasts les gaz d'échappement d'un Diesel tournant à vide, débrayé. Il est préférable au précédent puisqu'il permet de supprimer un auxiliaire encombrant et fragile. La vidange complète prend 7 à 8 minutes. Voici par exempte la réalisation de la chasse BP des "NARVAL" (Fig.41). - a) Sur le conduit d'échappement général Schnorchel est greffé un tuyautage aboutissant à la clarinette de chasse BP située en supers structures. Un sectionnement de chasse générale BP est placé avant la clarinette. I - La chasse générale BP est un clapet rodable analogue aux autres clapets d'échappement des gaz. Il se manoeuvre par moteur à huile (manipulateur au poste Central) avec une manoeuvre de secours à bras du poste Schnorchel. Il a un lumineux sur le tableau des ouvertures de coque. II - La clarinette de chasse BP est une boite en tôle soudée, résistante a la pression extérieure. Elle est cloisonnée intérieurement et chaque compartiment, d'où part un tuyautage de chasse BP aux ballasts, communique avec la partie d'où arrivent les gaz par un clapet (appelé sectionnement de chasse particulière BP).



.





.



3 - Les chasses particulières BP sont manoeuvrées de l'intérieur (poste Central) à main. Leur volant de manoeuvre entraîne un indicateur mécanique d'ouverture. - b) Chaque chasse particulière BP ouvre le départ des gaz vers une paire de ballasts symétriques, sauf pour les ballasts centraux qui ont chacun leur tuyautage et leur chasse particulière BP pour pouvoir redresser la gîte en cours de vidange. - c) Le tuyautage de chasse BP plonge au fond du ballast où il est coupé en sifflet à son extrémité. II aboutit dans l'eau restante et ainsi il n'y a pas de communication possible par les tuyautages de chasse BP entre deux ballasts symétriques. On n'a donc pas besoin de les munir de clapets de non retour (Fig. 42).



.





.



- d) Pour les ballasts soute, le tuyautage est muni en outre d'un sectionnement manoeuvrable de l'intérieur. Ce sectionnement est fermé (plombé) quand 1e ballast est utilisé en soute, pour empêcher des remontées de gas-oil vers la clarinette. - e) Le conduit général de chasse BP et la clarinette de chasse BP sont résistants. - f) Sur la clarinette de chasse BP est greffé un embout avec sectionnement et raccord pour tuyau flexible permettant la vidange des ballasts par l'air BP du quai, par exemple en cas d'avarie des Diesels. 3)- Conduite de la vidange. Pour effectuer une vidange : - On dispose le tuyautage de chasse BP correspondant au moteur utilisé, c'est-à-dire : - Vérifier par les purges qu'il n'y a pas d'eau entre échappement intérieur et chasse générale BP. - Ouvrir le sectionnement particulier d'échappement schnorchel du bord considéré. - On dispose pendant ce temps la clarinette de chasse BP, c'est-à-dire qu'on ouvre les chasses particulières BP des ballasts à vidanger. - On lance le Diesel en vidange (à vide débrayé) tout en ouvrant son sectionnement d'échappement intérieur. - Lorsque la pression dans le conduit de chasse BP atteint 600 gr/cm² (ce que l'on observe sur un manomètre au Central), on ouvre la chasse générale BP (manipulateur au Central) et les gaz vont vers les ballasts. - La vidange est ensuite conduite de la passerelle par l'Officier de quart qui fait fermer les chasses particulières des ballasts au fur et à mesure qu'ils donnent ( bulles à l'aplomb des remplissages), afin d'activer la vidange des autres.


 
Pas encore de réaction

Soyez le premier à réagir sur cet article.

 

Ajouter un commentaire
Je désire ajouter un nouveau commentaire pour cet article
Rechercher sur le site
Le plan du site
Section Doris de l'AGASM - Les Sous-Mariniers de Flandres-Artois
Les Officiers Mariniers des Hauts de France
Association "Un Sous-Marin à Dunkerque"
Nos reportages textes et photos - Nos Bases Picasa
Recherches - Témoignages
Bibliothèque - Maquettes - Vidéothèque - Presse - Sur la toile
Actualité - Cérémonies - Commémorations
AGASM et ses sections
AMMAC
La Marine Nationale
ACORAM - Section de Dunkerque
En souvenir de.
Offres d'Emploi
Derniers commentaires
14-10 : Sous-Marin Requin S 634 - Un Sous-Marin faisant partie... - BONS
09-10 : 2017 Samedi 23 septembre les membres de l'AMMAC de... - Bernard ALEXIS
09-10 : Les chiens mascottes des Sous-Marins - MARIN RENE
09-10 : 2017 Samedi 23 septembre les membres de l'AMMAC de... - André PECHARD
08-10 : 2017 Samedi 30 septembre Baptême du Centre de... - Alain CONNAN
Les billets les plus populaires
1. Sous-Marin Requin S 634 - Un Sous-Marin faisant partie de l'escadre de l'atlantique et basé à la BSM de Kéroman de Lorient
2. La base abri de Dunkerque de 1941 à 1958
3. Emeraude - Un Sous-marin Nucléaire d'Attaque - Le mercredi 30 mars 1994 un accident mortel sur le SNA
4. Les arpets, 50 ans après - Une école de la Marine Nationale.
5. Doris I - Tragédie du Sous-Marin disparu